La Valette : Parcelles d’histoire

Les informations contenues dans ce document proviennent de recherches dans les archives municipales de Thorame-Basse ou des Archives départementales du 04. Elles sont à enrichir, toute personne qui souhaiterait les compléter peut s’adresser à l’association Culture et Patrimoine.

Sommaire

Maison Ecole p 3
Eglise de la Transfiguration : p 8
Four, Moulin, Lavoir : p 21
Infrastructures : pont, chemin, électricité, eau : p 26
Population Thorame, La Valette : p 33
Vie Citoyenne : p 39
Amusement poétique par Mr Boyer : p 46

Remerciements à :
-F. Del’Glinocenti, D. Vial, A. Laugier pour le prêt de photos,
La municipalité de Thorame-Basse, les Archives Départementales du 04, l’Inventaire Général du Patrimoine de la Région PACA pour la consultation des documents.

Chantier de fouilles au Moustier 2020

Vingt-cinq habitants environ de Thorame-Basse, Thorame-Haute et de la vallée ont été accueillis en cette fin d’été, sur le chantier de fouille au plateau St Pierre par Alexia Lattard, docteur en archéothanatologie, Responsable scientifique de cette opération, CCJ-ADES, Florence Mocci, Archéologue, co-responsable, CCJ, Delphine Isoardi, Archéologue, co-responsable, CCJ, et Robin Veyron, étudiant en archéologie.

Une conférence publique en 2021 viendra compléter et enrichir les premières analyses de ce chantier de fouilles que partage avec nous Alexia Lattard. Nous l’en remercions.

Le projet initial de fouilles sur le plateau St Pierre du Moustier n’a pu être réalisé en juin comme programmé, suite aux conséquences de la Covid 19.

Il s’est donc déroulé sur quelques jours à l’automne, selon une nouvelle stratégie d’intervention :

L’objectif était de comprendre, à travers l’étude des processus sédimentaires au cours du temps, l’occupation du plateau et le recouvrement des vestiges après leur abandon.

Une tranchée Est-Ouest de 30 mètres de long, a été ouverte.

Cette rapide campagne a conduit à la mise au jour de :

– Six murs, probablement datés du Haut Empire, soit entre les Ier et IIIe siècles. Il demeure encore difficile, en l’état des connaissances et compte tenu de l’ouverture trop ponctuelle de cette intervention, de définir avec précision la fonction de ces vestiges bâtis.

– Deux inhumations, pouvant être rattachées à l’Antiquité Tardive, soit une période comprise entre les IVe et VIe siècles. Cette dernière découverte permet également de confirmer l’extension vers l’est de la zone funéraire.

Ces datations sont en adéquation avec celles proposées pour les vestiges mis au jour l’an passé (structures bâties ainsi qu’une vingtaine de sépultures avaient alors été identifiées).

L’observation des coupes de terrain présente sur les parois de la tranchée, en collaboration de géomorphologues et pédoentracologues, du laboratoire CNRS d’Aix-en-Provence (IMBE-LAMPEA), apporte de nouvelles données sur la topographie antique de l’ancien plateau. Cela permet d’envisager la possible installation d’une communauté humaine en bordure d’un ancien vallon.

La stratégie de fouille de l’an prochain porterait ainsi sur le dégagement de l’ensemble de ce secteur depuis le secteur ouvert en 2019, sur une plus grande surface afin de mettre à jour les vestiges d’un possible habitat et de son espace funéraire.

Merci à Alexia Lattard, Delphine Isoardi, Florence Moccid’avoir partagé avec simplicité, chaleur et passion leurs découvertes, leurs premières analyses comme leurs interrogations.

La visite d’une durée d’une heure et demie, s’est clôturée par un apéritif offert par C&P.

Chantier Prospection 2019 par Le Centre Camille Julian sur le territoire de Thorame-Basse et Thorame-Haute

L’opération de prospection-inventaire menée en 2019 sur les communes de Thorame-Basse et de Thorame-Haute (Val d’Allos/Haut Verdon), fait suite à une première opération menée en 2018 (Mocci, Isoardi 2018)i. Deux campagnes se sont déroulées en mai et septembre, avec des équipes de 6 à 15 personnesii, sur 417 hectares, entre 1095 et 2250 m d’altitude. Elles ont bénéficié du soutien financier du Ministère de la Culture-SRA PACA, des communes de Thorame-Basse et de de Thorame-Haute, de l’Association Culture et Patrimoine de Thorame-Basse et du Centre Camille Jullian. 

64 nouveaux sites inédits ont été découverts entre 1095 m et 2233 m d’altitude : 51 sites sur Thorame-Basse et 13 sur Thorame-Haute (soit 13 sites et 53 indices de sites en raison de multi phasages sur certains sites). Quatorze phases d’occupation ont été identifiées dont une période chronologique insoupçonnée jusqu’alors dans ce secteur des Alpes-de-Haute-Provence, le Paléolithique

À l’issue des campagnes de prospection 2018-2019, 134 sites et indices de sites datés entre la Préhistoire et l’époque moderne ont été recensés, entre 1095 m et 2233 m d’altitude (105 sur Thorame-Basse et 30 sur Thorame-Haute). Au total, 649 hectares ont été prospectées. 

Le mobilier est constitué, toutes périodes confondues, de 914 pièces soit 383 objets lithiques, 318 fragments de céramiques, deux fragments d’amphore, cinq fragments de verre, 25 fragments d’objets en métal (scorie, clou ; 1 monnaie), 24 fragments de meule, 2 ossements humains, 5 os de faune dont un façonné et 150 fragments de tegulae et imbrices.

LA PREHISTOIRE constitue, de loin, la période la plus représentée sur le territoire des deux Thorame, avec 99 localisations (dont 48 recensés en 2019), qui occupent, par ailleurs, les altitudes les plus élevées du corpus (29 gisements de plein air et 70 indices de site). Un des apports de la prospection 2019 est la découverte de deux outils lithiques attribués à la Préhistoire ancienne, au Paléolithique, en altitude et dans la vallée, sur la commune de Thorame-Basse. Au Plan Saint-Thomas, à 1095 m, c’est un éclat Levallois qui atteste d’une fréquentation de cette haute terrasse alluviale au Paléolithique moyen. Autre témoignage au cours du Paléolithique (indéterminé), sur le Plateau du Layon à 1487 m d’altitude, un nucléus à éclat.

Les traces d’occupation et de fréquentation se retrouvent sur toutes les zones d’alpage prospectées des deux communes mais aussi, dans la vallée, comme en témoignent les données de la campagne 2019. Ces zones basses étaient alors non documentées à ce jour. L’amplitude verticale des gisements est, de ce fait, assez large, entre 1095 m à 2233 m, dont 22 sites entre 1734 m et 2233 m (Montagne de Tournon, Les Abeourons sur Thorame Basse ; Champlatte et Pisse en l’Air sur Thorame-Haute). À ce jour, trois secteurs se distinguent : en altitude, le Plateau du Layon et les crêtes de Lirette qui totalisent 52 gisements préhistoriques (dont un se rattachant au Paléolithique, deux au Néolithique moyen et quatre au Néolithique final) et le Plateau de Champlatte avec 11 localisations de mobilier ; dans les zones basses, sur le Plan Saint-Thomas/Cote-Rousse, 12 localisations dont un indice de site du Paléolithique moyen et trois sites du Néolithique moyen et final.

L’usage de matière première locale, un calcaire siliceux zoné (accompagné de silex plus exogènes) se retrouve en dessous de 1900 m d’altitude (Layon, Champlatte) mais n’est pas présent entre 1950 et 2250 m (Plateau de Pisse en l’Air, Tournon, Plaine et Col de Jassaud). L’implantation de gisements de plein air (au nombre de 15) mais aussi d’indices de fréquentation sur le plateau du Layon et le long de la Crête de Lirette, laissent envisager, durant la Préhistoire, un axe de circulation relayant, par le Col du Layon, la Vallée de l’Issole au nord et la vallée de la Sasse au sud, dans le Moyen-Verdon. 

Autre donnée nouvelle, la fréquentation des zones d’altitude entre le NÉOLITHIQUE FINAL ET LE DÉBUT DE L’ÂGE DU BRONZE avec la découverte, à 1950 m, d’une pointe de flèche à pédoncule et ailerons en silex blond (Abéourons 1)iii.

L’ÂGE DU FER reste, comme ailleurs malheureusement en zone alpine, difficilement détectable. Seul l’éperon de Beaumon 1, situé à la limite des communes de Thorame-Basse et Argens, sur le plateau du Layon, (1457-1470 m), pourrait être rattaché à cette période. De la céramique non tournée associée à de la céramique antique évoquent également une fréquentation, entre l’âge du Fer et le début de l’Antiquité, sur le Plan Saint-Thomas et le Plateau Saint-Pierre (Thorame-Basse).

L’ANTIQUITE est représentée par un corpus de 29 localisations, dont 18 inventoriés en 2019, uniquement dans les zones basses, entre 1102 et 1352 m d’altitude (2 sites et 27 indices de sites)Deux secteurs se distinguent : le Plan Saint-Thomas/Côte Rousse (1 site et 7 indices de site) et le plateau Saint-Pierre avec la fouille programmée, en 2019, d’un espace funéraire antique (Lattard et al. 2019). Des premiers indices d’occupation antique sont également attestés entre Château-Garnier et le Moustier (Thorame-Basse) et sur les piémonts et les terrasses entourant Thorame-Haute. Enfin, il est à noter que l’Antiquité tardive est représentée par un seul site (Saint-Pierre 3, Thorame-Basse). Le mobilier se compose de fragments de céramiques en grande partie informe (sigillées sud-gauloise et africaine, grise kaolinithique du Verdon, culinaire africaine, céramiques commune à pâte calcaire ou sableuse), deux fragments d’amphore africaine, des fragments de meule, de tegulae et d’imbrices. 

Pour la PÉRIODE MÉDIÉVALE (VIIIe-XIe ; XIIIe-XVe), les données de terrain révèlent uniquement du mobilier céramique prélevé sur 11 sites (dont 5 en 2019), entre 1102 et 1563 m d’altitude. Des traces d’occupation entre le VIIIe et le XIe s., attestées par de la céramique à pâte grise, se distinguent au nord du village de Thorame-Haute. Les XIIIe-XVe s. sont présents sur le site de hauteur de Tracastel, le plateau Saint-Pierre et le Plan Saint-Thomas.

LA PÉRIODE MODERNE (XVIe-XVIIIe) est représentée par 23 sites et indices de sites (dont 15 identifiés en 2019), entre 1097 et 1819 m d’altitude. Il s’agit principalement de mobilier céramique recueilli, en 2019, dans les parcelles labourées des zones basses (formes ouvertes et fermées, production régionale et importation italienne). Ce mobilier se retrouve majoritairement sur le Plan Saint-Thomas et, plus ponctuellement, sur les terrasses et piémonts autour du village de Thorame-Haute. Deux hameaux en ruine, en amont de la vallée de l’Issole (les Villards) et en aval, sur le plateau du Meunier (Thorame-Basse), sont rattachés à cette période.

LES SITES DE PÉRIODE INDÉTERMINÉE, au nombre de dix, correspondent, dans la vallée et en altitude (alt. 1124-1760 m), à des anomalies topographiques (Crête du Layon, Plan Saint-Thomas, Plateau Saint-Pierre), à des structures bâties peu visibles et à des amas de blocs structurés, marquant le paysage (tertre de pierre).

Montagne de Tournon, Thorame-Basse, septembre 2019 (cliché L. Damelet, CCJ-CNRS)
Plateau de Pisse en l’air, Thorame-Haute, septembre 2019 (cliché L. Damelet, CCJ-CNRS)

i À l’issue de la campagne 2018, 232 hectares avaient été prospectés et 70 sites et indices de sites, datés entre la Préhistoire (les ¾ des localisations) et l’époque moderne, avaient été identifiés entre 1108 m et 1819 m d’altitude (53 sites sur la commune de Thorame-Basse et 17 sur la commune de Thorame-Haute).

iiEtudiants : P. Boisson, A. Bouder, M.-C. Brelle, T. Durand, A. Popovitch, R. Veyron. Bénévoles : E. Anselmo et Corto, J. Battentier, J. Berthaud, A. Bresson, R. Caverni et Tina, L. Charriere, J.-L. Clement, D. Cointrel, C. Eugene, L. Frassetto, J-Cl. Gallner, C. Gaudillere, P. Giraud, C. Goudey, C. Grac, J. Kintz, M. Mane, M. Marmora, G. Minguel et Eliott, C. Paquet, D. Pellestor, J. Reynaud-Suzor, S. Richer, M. Simon, J. Suquet, M. Tournissa, D. Vial et A. Warter. SDA 04 : T. Castin. SRA PACA : R. Chastagnaret. CCJ : L. Damelet et L. Roux. Analyse du mobilier lithique : S. Renault, J.-P. Bracco, P.-J. Texier et G. Porraz, du LAMPEA. Etudes du mobilier antique, C. Huguet (DAMVA-Direction archéologie et Museum, Aix en Provence) et du mobilier médiéval et moderne, G. Guinova et A. Cloarec (LA3M). 

iii Outil découvert en 2015 par Jean-Paul Duyé. Attribution chrono-culturelle définie par S. Renault en décembre 2019 (LAMPEA)

Notes de Florence Mocci et Delphine Isoardi
Archéologues du Centre Camille Julian

Chantier de Fouilles, Plateau St Pierre au Moustier, 2019

La première campagne de fouille programmée sur le Plateau de Saint-Pierre (commune de Thorame-Basse, 04), a révélé un espace funéraire antique à 1304 m d’altitude. Des structures bâties et 18 sépultures ont été partiellement mises au jour sur 125 m2. L’aire de fouille (zone 1) porte sur les tombes découvertes anciennement par les propriétaires et englobe la frange orientale d’un vaste pierrier (fig.1 et 2). Afin d’appréhender les processus sédimentaires, une tranchée NO/SE a été ouverte sur 10 m de long et 1,40 m de large (Tranchée 1). Le creusement à plus de 1,90 m de profondeur (Sond.1 : 2 m²) a mis en évidence la séquence stratigraphique du site jusqu’au substrat (argiles et marnes). Au total, 80 unités stratigraphiques ont été individualisées et cinq états ont été distingués au cours de cette première campagne.

Plan zone funéraire

L’État 1 (Protohistoire ?) correspond aux plus anciennes traces d’occupation identifiées mais encore de manière très sporadique (parois en terre crue et deux fosses, FS1et FS2 non fouillées). 

L’État 2 (Ier-IIe siècles) est caractérisé par des vestiges de structures bâties très arasées (MR1, 2 et 5). Les murs MR1 et MR2 (zone 1), forment un angle droit et présentent un double parement et un blocage de moellons liés à la terre. Un amas compact de blocs calcaire et de tuf laisse envisager un aménagement anthropique dans l’espace interne de ce bâtiment (US 1038). Le mur MR5 parallèle au MR1 (axe N/S), est situé 10 m plus à l’est et présente un double parement en blocs calcaire et un blocage lié au mortier. La fonction et la relation entre les différents murs ne peuvent encore être précisées. 

Deux structures de crémations ont été identifiées dans la zone 1 : la structure secondaire SP 5 livre 156,9 g d’os humains brûlés se rapportant à un sujet adulte, une grande quantité de verre fondu et des charbons dont l’étude anthracologique (c’est-à-dire des charbons de bois présents dans les résidus de crémation) révèle une multiplicité d’essences locales ; la seconde a été protégée en vue d’une opération future (SP 16 – structure primaire). La présence de verre permet de rattacher cette phase entre le Ier et le début du IIIe siècle.

L’État 3 (Haut-Empire/Antiquité tardive) est subdivisé en trois phases. L’état 3a correspond à une phase d’abandon et de destruction des structures bâties entre le début et le milieu du IIIe siècle.L’état 3b marque une continuité de l’occupation du site, hors de l’espace bâti détruit, illustrée par un trou de poteau au nord de MR5 (TP1). Lors de l’état 3c intervient, sans doute entre la 2e moitié IIIe et le 1er quart du IVe siècle, une phase d’abandon révélée par des dépôts sédimentaires (US 1003).

L’État 4 (Antiquité tardive ; IVe– VIe siècles) est caractérisé par une nouvelle occupation funéraire du secteur : 16 inhumations ont été mises au jour dont neuf ont été fouillées cette année (SP 1, 2, 3, 4, 6, 7, 8, 9 et 13). Les autres ont été soigneusement protégées en vue de la poursuite de la fouille en 2020 (SP 10, 12, 14, 15, 17 et 18). Les défunts (adultes et plusieurs périnataux) sont inhumés dans des coffrages composites (bois et tegulae) ou simplement dans des linceuls. Le mobilier est constitué d’éléments de parure (bracelet, boucle d’oreille ou perles en verre). La chronologie de cette occupation se situerait entre le IVe siècle et le début du VIe siècle d’après la stratigraphie et la datation 14C de la SP 1 (392 et 538 cal. AD ; fig. 3). Le niveau de circulation correspondrait au sommet de l’US 1003, détruit par l’érosion et les travaux agricoles postérieurs à l’Antiquité tardive.

L’État 5 Aucun vestige, ni mobilier céramique des périodes médiévale et moderne n’a été identifié. Cette absence pourrait être due à d’importants phénomènes d’érosion liée à un faible couvert forestier (absence d’opération de reboisement en vue d’une stabilisation des sols de pentes). Longtemps mis en culture, le plateau est aujourd’hui une zone de pâturage et faisant l’objet de pillages archéologiques constatés à plusieurs reprises sur le site. 

En parallèle, et afin de mieux appréhender et évaluer l’emprise des vestiges archéologiques en vue de la programmation d’une opération triannuelle, une prospection géophysique qui permet la lecture des sous-sols, et notamment de déceler la présence éventuelle des vestiges, grâce des procédés électriques et magnétiques s’est tenue à l’automne 2019 sur les sites de Saint-Pierre 1 et Saint-Pierre 2. Trois méthodes ont été utilisées : la cartographie de champ magnétique, la cartographie de conductivité électrique par instrument électromagnétique (EM) et la tomographie de résistivité électrique (ERT). 

Sur le site de Saint-Pierre 1, les résultats signalent l’étendue d’une construction à une quinzaine de m2 d’orientation N/S, jusqu’à 1 m de profondeur au centre d’un tertre qui correspondrait à la destruction d’une chapelle.

Sur le site de Saint-Pierre 2, sur la carte se distingue une anomalie de forme elliptique, peu claire, d’environ 40 m d’envergure. Elle pourrait correspondre à des structures bâties associées à des niveaux de démolition. 

Alexia Lattard,
docteur en archéothanatologie,
responsable du chantier fouilles