Commémoration du centenaire 1914-1918

Cérémonie de commémoration de l’armistice du 11 novembre 2018,
dimanche 11 novembre 2018, 11h

Culture & Patrimoine a proposé d’enrichir le traditionnel Appel aux Morts pour la France avec des extraits de la biographie des Poilus (cf. livre : Thorame-Basse dans la Grande Guerre, 2014) permettant de les situer dans leur contexte familial, social et militaire, et avec des extraits de textes d’écrivains combattants.
Cette lecture donnée par nos concitoyens de 10 à 80 ans est accompagnée du port de bougies au monument aux Morts par les tout-petits.
En voici le texte :

1914

Au moment où s’engage une bataille dont dépend le salut du pays,
Tous les efforts doivent être employés à attaquer et refouler l’ennemi.
Une troupe qui ne peut plus avancer devra coûte que coûte garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que reculer ! 
 
Joffre, général commandant en chef, 6 septembre 1914 
 

François Ventre, né à La Bâtie, fils de Julien Adolphe Ventre et d’Irma Rolland,
cultivateur, « tué à l’ennemi sur le champ de bataille» à 23 ans, le 19 août 1914 à Tagolsheim (Haut-Rhin)

Gustave Reboul, né à Château-Garnier, fils de Joseph Frédéric Reboul et d’Augustine Annie Amic, engagé volontaire en 1911, disparu à 25 ans le 23 août 1914 à Crevic (Meurthe-et-Moselle).

Emile Chauvin, né à La Bâtie, fils de Lucien Jean-Baptiste Chauvin et de Nathalie Coulet, cultivateur-berger, tué à 22 ans par un éclat d’obus le 26 août 1914 au bois d’Anglemont (Vosges)

Ernest Arnaud, né à Thorame-Basse, fils de Lucien Pascal Arnaud et de Pauline Boyer, berger, disparu à 26 ans le 27 août 1914 près de Stenay (Meuse)

Albert Laugier, né à Thorame-Basse,  fils d’André Laugier et de Pélagie Guien, cultivateur, disparu à 22 ans le 28 août 1914 au bois d’Anglemont (Vosges)
 

Avant de mourir je dois juste écrire ce poème.
Faites silence, camarades, ne me dérangez pas.
Nous partons pour la guerre. La mort est notre destin.[…]
Le soleil se couche sur l’horizon.
Bientôt on me jettera dans une jolie fosse commune.
Dans le ciel, le bon vieux crépuscule est tout rouge.
Dans treize jours, peut-être, je serai mort.
 
Départ pour le front d’Alfred Lichtenstein,
écrivain allemand tué dans la Somme le 24 septembre 1914
 

Félix Ripert, né à Thorame-Basse, fils d’Ambroise Ripert et de Virginie Chieusse, marié à  Apolline Roche, père de Marie Delphine, pupille de la Nation, représentant de commerce, mort à 28 ans le 8 septembre 1914 à Deuxnouds (Meuse)

Angelin Eugène Arnaud, né à Thorame-Basse, fils de Auguste Arnaud et de Marie Ranguin, cultivateur, « tué à l’ennemi » à 28 ans le 11 octobre 1914 près de Saint-Mihiel (Meuse)

Lazare Emile Pellet, né à Thorame-Basse, fils d’Eugène Angelin Pellet et Henriette Marie Arnaud, fils de marchand de vin, mort à 26 ans des suites de blessure, le 4 décembre 1914 à l’hôpital auxiliaire anglais de Malo-les-Bains (Nord)

Damien Pascal, né à Allos, fils de Adolphe Bruno Pascal et de Fleurine Gariel, étudiant à Aix-en-Provence, mort à 25 ans « en captivité suite de ses blessures », le 24 décembre 1914 à l’hôpital de Westphal (Allemagne)

1915

Insoucieux, solides, nos vingt-cinq ans éclatent de rire.
La vie est un grand champ, devant nous, où l’on va courir.
Mourir !     Allons donc !
Lui mourra peut-être, et le voisin, et encore d’autres,  mais soi, on ne peut pas mourir, soi…
Cela ne peut pas se perdre d’un coup cette jeunesse, cette joie,  cette force dont on déborde.
On en a vu mourir dix, on en verra tomber cent,
Mais que son tour puisse venir d’être un tas bleu dans les champs,
On n’y croit pas. 

Roland Dorgelès, Les Croix de bois, 1919

Marius Ventre, né à Thorame-Basse, fils de Jean Baptiste Ventre et de Marie Arnaud, cultivateur, mort à 21 ans « des suites de maladie contractée en service : broncho-pneumonie », le 4 mars 1915 à l’hôpital bénévole de Valréas (Vaucluse)

Charles Frédéric Aillaud, né à Thorame-Basse, fils de Rosin Elie Aillaud et d’Emelie Amic, cultivateur, mort à 28 ans le 2 avril 1915 à Flirey (Meurthe-et-Moselle)

Henri Boyer, né à La Valette, fils de Jean Baptiste Boyer et de Rosalie Lantelme, de parents agriculteurs, tué au combat à 20 ans le 15 juin 1915 à Langenfeldskopf (Alsace)  [Hartmannswillerkopf / Vieil Armand]

Joseph Roux, né à Château-Garnier,  fils de Louis Antoine Roux et Françoise Cécile Matthieu, berger, mort à 22 ans  le 26 juin 1915 « par asphyxie provoqué par l’éboulement de la tranchée au nord de Flirey » (Meurthe-et-Moselle)

Gratien Cèze, né à Château-Garnier, fils de Jean Cèze et Rose Monge, profession inconnue, tué à 33 ans « sur le champ de bataille » le 20 août 1915 près d’Avocourt (Meuse)

Jean Joseph Arnaud, né à Thorame-Basse, fils d’André Arnaud et de Béatrice Marie Graviers, marié à Madeleine  Drivot, commis de magasin, mort à 46 ans par accident ferroviaire le 21 août 1915 à Varangeville (Meurthe-et-Moselle)
 
Ferdinand Bonnet, né à Château-Garnier, fils d’André Charles Bonnet et de Charlotte Clotilde Pin, marié à Valérie Marie, père de Clara et Marcelle, pupilles de la Nation, maçon, tué à 35 ans par l’explosion d’une mine le 4 septembre 1915 à Fontaine-Les-Chappy (Somme)

1916

Je suis monté sur la crête du ravin où je suis.
J’avais derrière moi Fleury, devant Vaux et Douaumont.
J’embrassais une dizaine de kilomètres carrés transformés en désert de terre brune uniforme. Les hommes sont tout petits perdus là-dedans.
On les distingue à peine.
Un obus tombe dans ces petites choses, ça remue un moment,
on emporte les blessés, on laisse les morts,
ça n’a pas plus d’importance que des fourmis.
On n’est pas plus gros que des fourmis là-dedans.
C’est l’artillerie qui domine tout.
Formidable, intelligente, frappant partout,
désespérante par sa régularité.

Fernand Léger, Verdun, le 7 novembre 1916

Henri Liautaud, né à Thorame-Basse, fils de Adrien Liautaud, tailleur, et  Alexandrine Roux, tué à 34 ans le 21 février 1916 au combat de la Chapelotte (Meurthe-et-Moselle)

Rosin Andrau, né à Thorame-Basse, fils de d’Abraham Andrau et de Sabine Signoret,  activité inconnue, mort à 33 ans de « péritonite tuberculeuse », le 4 juin 1916 à l’hôpital de Malo-les-Bains (Nord)

César Arnaud, né à Thorame-Basse, fils de Lucien Pascal Arnaud et de Pauline Boyer, berger, mort à 22 ans de « phtisie pulmonaire », le 18 juin 1916 à l’hôpital de Villers-Cotterêts (Aisne)

Jean Pascal, né à Allos, fils d’Adolphe Bruno Pascal et de Fleurine Gariel, vicaire aux Mées, mort à 43 ans « des suites de maladies contractées au service des blessés », le 24 juin 1916 à l’hôpital d’évacuation de Noisy-le-Sec (Seine)

Benonin Chaillan,  né à La Bâtie, fils de François Chaillan et de Sidonie Victorine Ventre, cultivateur, disparu à 21 ans le 3 novembre 1916 à la tranchée de Reuss (bataille de la Somme)

1917

Dans une odeur de soufre, de poudre noire, d’étoffes brûlées, de terre calcinée … Meuglements, rugissements, grondements farouches et étranges, miaulements de chats … long ululement pénétrant …
une extraordinaire tempête de choses.
Voici fuser et se balancer sur la zone bombardée un lourd paquet d’ouate verte qui se délaie en tous sens … le hideux éclatement.
C’est des gaz asphyxiants […]

Henri Barbusse : Le Feu, 1916

André Bonnet, né à La Bâtie, fils d’Antoine Baptistin Bonnet et d’Eugénie Chauvin, cultivateur, disparu à 26 ans le 17 mars 1917  à Leskorets (Serbie)

Isidore Aillaud, né au Moustier, fils de Jean Paul Aillaud et d’Emilie Simian, cultivateur, disparu à 21 ans le 20 avril 1917  au Chemin des Dames (Aisne).

Edouard Chauvin, né à La Bâtie, fils de Jean Chauvin et de Pauline Vial,
agriculteur, tué à 37 ans par un éclat d’obus le 10 août 1917 à Vendresse, Chemin des Dames (Aisne).

Adolphe Vial, né à La Bâtie, fils de Jean Vial et d’Eudoxie Vial, berger, mort à 40 ans de blessure et d’intoxication au gaz, le 20 octobre 1917  à l’hôpital complémentaire n° 19 de Toul  (Meurthe-et-Moselle)                                       

Victor Simon, fils de Martin Thomas Simon et de Thérésine Simon, berger résidant à La Garde-Freinet, « tué à l’ennemi » à 21 ans le 23 octobre 1917 au fort de Malmaison, Chemin des Dames (Aisne)

1918

Pitié pour nos soldats qui sont morts !
Pitié pour nous vivants qui étions auprès d’eux,
pour nous qui nous battrons demain, nous qui mourrons,
nous qui souffrirons dans nos chairs mutilées !
Pitié pour nous, forçats de guerre qui n’avions pas voulu cela, pour nous tous qui étions des hommes, et qui désespérons de jamais le redevenir.

Maurice Genevoix, La Boue, 1921

Blaise Simian, né à Château-Garnier, fils du maire de Thorame-Basse, Blaise Simian, et de la propriétaire de la fabrique de draps de La Bâtie, Elisabeth Bonnet, mort à 40 ans « de ses blessures de guerre » le 25 mai 1918 à Cempuis près d’Amiens (Oise)

François Simon, né à Thorame-Basse, fils de Placide Jean Joseph Simon et de Rose Marie Granier, mort à 26 ans « suite de ses blessures de guerre », le 11 juin 1918 dans une ambulance près de Somme-Bionne (Marne)

Arthur Jean Baptiste Laugier, né à Thorame-Basse, fils de Joseph Calixte Laugier  et de Marie Elisabeth, marié à Anna Boyer, instituteur, décédé à 34 ans par intoxication au gaz ypérite le 1er septembre 1918 dans l’ambulance près de Beauvais (Oise)

Léopold Aillaud, né à Thorame-Basse, fils de Rosin Elie Aillaud et d’Emelie Amic, cultivateur, mort à 26 ans le 3 octobre 1918 à Challerange (Ardennes)

Gustave Simian, né à Thorame-Haute, fils d’André Sylvain Simian et de Thérésine Plazy, marié à Félicie Ernestine Simian, père d’Angèle et d’Alphonse, pupilles de la Nation, berger, mort à 37 ans « suite à des maladies contractées en captivité » le 13 décembre 1918 dans un hôpital d’évacuation à Metz (Moselle)

1920

Pourquoi ne nous dit-on pas sans cesse, que vous êtes, vous aussi, de pauvres chiens comme nous, que vos mères se tourmentent comme les nôtres et que nous avons tous la même peur de la mort, la même façon de mourir et les mêmes souffrances ?
Pardonne-moi, camarade ; comment as-tu pu être mon ennemi ?
Si nous jetions ces armes et cet uniforme,
tu pourrais être mon frère […].
Toutefois, si j’en reviens, camarade, je lutterai contre cette chose qui nous a tous deux abattus.
Je te le promets, camarade.
Il faut que cela ne se renouvelle jamais plus.

Erich-Maria Remarque : A l’Ouest, rien de nouveau, 1928

Jules Simon, né à Thorame-Basse, fils de Placide Jean Joseph Simon et de Rose Marie Granier, maçon, a fait toute la guerre sur le front de l’Ouest, mort à 32 ans des suites de ses blessures de guerre, le 27 novembre 1920 à Thorame-Basse.

Pensado

Quand lou soulèou
Brillent et clar
Se lèvo sus lou mount eila
Nautres alor pensan déjà
A vautres touti 

Que ploùgue tout lou long d’où jout
Que vente que neve per tout
Nautres eici pensan toujours
A vautres touti 

Quand  lou soir coumenço a véni
A la nuech quand l’on vaï durmi
Nautres enca pensan eici
A vautres touti 

E se vous arrivo d’entendre
Un bruit leougier un murmur tendre
Voules saupre d’ent’acco vén ?Escoutas ço que di lou vent

Quand le soleil
brillant et clair
Se lève sur le mont là-bas
Nous autres, alors, pensons déjà
A vous tous 

Qu’il pleuve tout le long du jour
Qu’il vente qu’il neige partout
Nous, ici, nous pensons toujours
A vous tous 

Quand le soir commence à venir
A la nuit quand on va dormir
Nous, encore, pensons ici
A vous tous 

Et s’il vous arrive d’entendre
Un bruit léger, un murmure tendre
Vous voulez savoir d’où cela vient ?
Ecoutez ce que dit le vent

Ecrit à La Valette par Lily Peyron en août 1915,  pour le Journal des Femmes de La Valette, mis en musique en 1960 par son fils, Pierre Noël Pascal

Merci à André Peyron pour avoir mis ce texte à notre disposition et pour l’avoir lu en clôture de cet Appel aux Morts.